Le Penicillium roqueforti est un champignon microscopique de la famille des moisissures. Invisible à l’œil nu sous sa forme de spore, il appartient au même grand genre que la pénicilline de Fleming — mais la souche du Roquefort est une cousine domestiquée depuis des siècles par les fromagers du Sud-Aveyron. C’est elle, et elle seule, qui transforme une pâte blanche de lait de brebis en un fromage veiné de bleu-vert reconnu dans le monde entier.
Une moisissure noble, pas un défaut
Dans la plupart des aliments, une moisissure est le signe qu’il faut jeter. Le Penicillium roqueforti fait exception : c’est une moisissure recherchée, cultivée, choyée. Loin d’altérer le fromage, elle en révèle la matière. On parle de moisissure « noble », au même titre que la fleur qui recouvre un camembert ou le botrytis qui concentre les grands vins liquoreux.
La confusion vient de nos réflexes : nous associons le bleu-vert à la pourriture. Dans le Roquefort, c’est l’inverse — le persillage est la preuve que la fermentation a eu lieu dans le bon sens, sous contrôle, portée par une souche saine et sélectionnée.
Où le trouve-t-on naturellement : les caves du Combalou et les fleurines
Le Penicillium roqueforti n’a pas été inventé en laboratoire. Il vit à l’état naturel dans les sols, sur les matières végétales en décomposition, et surtout — c’est là toute la magie du terroir — dans les caves naturelles du Combalou, à Roquefort-sur-Soulzon. Ces galeries creusées dans un éboulis rocheux sont traversées par les fleurines, ces failles qui amènent en permanence un air frais et humide venu de la montagne.
C’est cette atmosphère singulière, fraîche et humide toute l’année, qui a permis à la moisissure de s’installer durablement dans la roche. La légende raconte qu’un berger aurait oublié pain et fromage dans une de ces grottes ; en revenant, il aurait trouvé le pain moisi et le fromage veiné de bleu. Derrière le mythe, une vérité biologique : le Combalou est l’habitat naturel du champignon.
Son rôle : le persillage bleu-vert et les arômes
Le rôle du champignon est double. D’abord, il colore : en se développant dans les cavités de la pâte, il forme les fameuses veines bleu-vert, le persillage. Ensuite, et c’est le plus important, il transforme le goût. En digérant les graisses et les protéines du lait, il libère une cascade de molécules aromatiques — notes de sous-bois, de champignon, de beurre, cette pointe piquante et cette longueur en bouche qui signent un grand Roquefort.
Sans Penicillium, le fromage resterait doux et sans relief. C’est lui qui donne au Roquefort son âme.
Pour comprendre le souffle qui rend tout cela possible, découvrez les fleurines des caves naturelles, ces failles qui ventilent la roche du Combalou.